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Être saoule les 9 mois de sa grossesse, tout le monde conçoit bien que ce n’est pas l’idéal pour le bébé à naître. Ça fait d’ailleurs quelques années maintenant que les médecins parlent du syndrome d’alcoolisme foetal (SAF). Il se caractérise par un retard de croissance, une anomalie de la tête et des traits du visage et surtout des atteintes au système nerveux. L’alcoolisation foetale est, selon les spécialistes, la première cause non génétique du handicap mental chez l’enfant…
Mais, contrairement aux idées reçues, il n’y a pas que les femmes souffrant d’addiction à l’alcool qui peuvent, sans le savoir, mettre en danger leur enfant. « Les professionnels sont surtout sensibilisés par la forme la plus sévère, le syndrome d’alcoolisation foetale, et ceci au détriment de sa forme plus légère : l’effet de l’alcool sur le foetus provoqué par une consommation occasionnelle et ponctuelle d’alcool », remarque le docteur Laurent Urso, alcoologue au centre hospitalier de Roubaix et trésorier de l’association Syndrome d’alcoolisation foetale.
Ces effets d’une consommation ponctuelle ne sont pas perceptibles à la naissance, mais apparaissent au fil de l’apprentissage de l’enfant. « C’est difficile à diagnostiquer, car ce ne sont pas des signes cliniques spécifiques : l’enfant est turbulent, décrit comme hyperactif… », précise Laurent Urso.
« Handicapé social »
Ces troubles-là sont surtout générateurs d’exclusion sociale. Thierry Danel est psychiatre alcoologue, il estime qu’« un grand handicapé pour 1 000 est dû à l’alcool et un handicapé social sur 100 est aussi dû à l’alcool ». L’exposition du foetus à l’alcool diminue à l’adolescence puis, à l’âge adulte, « les capacités du cerveau à élaborer une stratégie, à inhiber certains comportements » et à résister aux psychotropes.
Ces personnes-là vont avoir besoin d’un accompagnement social tout au long de leur vie.
Depuis trois ans, l’Union régionale des caisses d’assurance maladie, accompagnée des médecins libéraux des réseaux de périnatalité et de multiples associations, lance une campagne pour encourager les femmes à proscrire complètement tout apéritif, bière ou vin de table de leur alimentation. L’ampleur de cette campagne est inédite en France. Et cela s’explique par les chiffres, le Nord – Pas-de-Calais serait avec la Bretagne une des régions les plus concernées par cette question. Selon une estimation, 650 enfants environ seraient touchés par les effets de la consommation d’alcool de leur mère enceinte.
Culpabilisant
Le message « Zéro alcool pendant la grossesse » paraît simpliste, les médecins en conviennent. Boire un verre de vin cul sec et à jeun n’a pas les mêmes effets que de le boire le ventre plein et en le sirotant lentement. Mais ils estiment que pour faire comprendre mieux vaut simplifier.
Car on ignore à partir de quelle dose l’alcool va être délétère sur l’embryon puis le foetus. Chaque cas est unique : le docteur Danel se souvient d’une auditrice lors d’une émission radio qui lui avait rétorqué : « J’ai bu pendant ma grossesse et ma fille est agrégée de philosophie ! » Le message peut être aussi culpabilisant, notamment pour toutes les femmes qui ont bu alors qu’elles ne savaient pas qu’elles étaient enceintes. Mais selon Laurent Urso et Thierry Danel, c’est la loi du tout ou rien : si l’alcool a eu des effets néfastes sur l’embryon avant que sa mère ait connaissance de son existence, la grossesse s’arrêtera tout de suite.
Bref si vous avez siroté un apéritif cet été sans savoir que votre ventre abritait un petit locataire, mieux vaut ne pas se mettre martel en tête. Parce que le stress non plus, ce n’est pas bon pour le bébé.
VIOLAINE MAGNE > violaine.magne@nordeclair.fr
SOURCE/
http://www.nordeclair.fr/Actualite/2009/09/05/la-goutte-d-alcool-de-trop.shtml
- Publie par christesre dans: handicap mental sante
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