Handicap mental ou psychique: pas question d’admettre que certains puissent n’avoir aucune compétence
«Arrêtons de coller des étiquettes sur les gens, revendique Marc-André Baud. Il y a vingt ans, on disait de certaines personnes handicapées mentales qu’elles ne pouvaient rien faire. Les voilà qui effectuent aujourd’hui des travaux de grande qualité.» Le directeur général des Etablissements publics pour l’intégration (EPI) – qui s’occupent de personnes souffrant de handicap mental ou psychique mais aussi de difficultés d’insertion (chômeurs, jeunes en rupture) – souhaite profiter de la Journée internationale du handicap, célébrée hier, pour exprimer son profond désir d’en finir avec les ghettos. Cet homme expérimenté de 61 ans a su conserver son côté «éducateur volontariste».
Alors pas question d’admettre que certains puissent n’avoir aucune compétence: «D’ailleurs, selon la définition de l’OMS, si le handicap est compensé et que la personne peut s’intégrer dans la société… on ne parle plus de handicap!»
Statue géante
A la tête d’un véritable empire comprenant 550 collaborateurs, 1200 clients et un budget 2009 dépassant les 80 millions de francs, dont 46 millions de subventions, Marc-André Baud se réjouit de pouvoir démontrer le talent «des siens», dès aujourd’hui à la rotonde du Mont-Blanc: on pourra y découvrir un chevalier haut de 4,50 mètres et habillé avec des objets de récupération par les professionnels et les usagers des ateliers des EPI.
«Nous voulons offrir ce cadeau à la population en signe de reconnaissance, deux ans après nos débuts officiels», explique Marc-André Baud. Car les EPI sont nés, le 1er janvier 2008, du regroupement de plusieurs établissements en charge de personnes en situation de handicap ou en difficulté d’insertion. «La plus grande fusion effectuée dans le domaine social en Suisse», selon les termes du conseiller d’Etat François Longchamp, grand artisan de cette réforme.
«Cela nous a permis de faire des économies, constate le patron des EPI, mais aussi de concrétiser des projets audacieux.» Parmi eux, la construction d’un bâtiment «moderne et lumineux» au cœur de la zone industrielle de la Pallanterie. Regroupés sur 1200 m2, 11 ateliers y accueillent 300 travailleurs dans des emplois ou des apprentissages adaptés. Et l’homme qui veut colorer le monde du handicap entend bien ne pas s’arrêter en si bon chemin.
Une nouvelle entité, destinée à des tâches d’évaluation, de formation et de travail, s’ouvrira sur 3000 m2, route des Jeunes, en avril prochain. «Ce système, allant de l’évaluation à la mise au travail en passant par tous les exercices imaginables, s’inscrit parfaitement dans l’intégration sans barrières à laquelle j’aspire», se réjouit Marc-André Baud.
Secteur d’avenir
Enfin, alors que le nombre de chômeurs ne cesse de croître, le secteur du handicap est aussi porteur d’avenir. Notamment parce que beaucoup de départs à la retraite sont programmés parmi les premiers employés engagés à la fin des années 60; également parce que le handicap psychique connaît une grande croissance et que la longévité des handicapés s’est considérablement accrue: «L’espérance de vie d’une personne trisomique était de 8 ans en 1930; on trouve des retraités de nos jours.»
Le travail ne manque donc pas. «Je pourrais engager plus de personnel. Mais il ne faudra pas toujours compter sur la manne publique, il va falloir être inventif pour trouver d’autres sources de financement. Et puis l’Etat doit former davantage de professionnels en valorisant les métiers du social. On ne peut pas, comme certains le pensent, transformer un coiffeur en éducateur du jour un lendemain!» conclut Marc-André Baud.
LAURENCE BÉZAGUET | 03.12.2009 | pour :
http://www.tdg.ch/geneve/actu/veut-colorer-monde-handicap-2009-12-02






