Le mépris particulier pour la question du handicap aide à comprendre l’inhumanité douce qui règne aujourd’hui

La gangrène que représentent l’hégémonie de la doxa managériale et ses effets dévastateurs sur les corps et les esprits des hommes et femmes au travail est désormais patente. Elle reste cependant encore insuffisamment dénoncée. La puissance publique, essentiellement incarnée par l’État central et ses échelons déconcentrés, est ici gravement en cause puisqu’il instaure chaque jour davantage dans l’Administration du bien commun les méthodes de la gestion des firmes privées industrielles et commerciales.
L’exemple du désastreux traitement réservé au sein de l’Éducation Nationale aux assistants de professeurs et élèves handicapés – et par conséquent aux légitimes bénéficiaires de cette assistance – est éminemment symptomatique à cet égard. Le mépris particulier pour la question du handicap aide à comprendre l’inhumanité douce qui règne aujourd’hui dans la plupart des organes de la société où travaillent des individus.
Parler d’assistants de professeurs et d’élèves handicapés est déjà un abus de langage puisqu’un tel statut n’existe pas au pays de France. Ce sont des assistants d’éducation (AE) qui accompagnent les professeurs tandis que les élèves sont accompagnés par des auxiliaires de vie scolaire (AVS), ces deux catégories d’emplois précaires n’ayant pas été créées spécifiquement pour que la question du handicap soit prise sérieusement en charge par l’école publique. Il n’est demandé à ces assistants qu’une seule chose : être titulaire du baccalauréat. Aucune formation particulière ne leur est dispensée et aucune qualification dans le domaine de l’aide aux handicapés n’est exigée. Ils sont rémunérés au SMIC et ne peuvent exercer cette activité que pour une durée maximale de six ans. On avouera que pour ce qui devrait être reconnu comme un métier à part entière – à l’instar de ce qui existe dans d’autres pays – tout cela est un peu court ! Voilà pour le cadre général ; les avatars du vécu des personnes concernées sont plus édifiant encore.
En voici un florilège pris dans le quotidien pénible des victimes forcément involontaires de l’indifférence ambiante et du réflexe gestionnaire. Un professeur dûment reconnu travailleur handicapé – donc reconnu apte à poursuivre l’exercice de son métier – doit lui-même la plupart du temps trouver son assistant, les « services compétents » ayant très rarement quelqu’un à lui proposer. Un professeur de lycée dont le handicap visuel a évolué demande en février 2006 l’extension à plein temps du poste de son assistante. Jusqu’à la fin du mois de septembre il se heurte au refus du Directeur des ressources humaines – on biffera le terme inutile – de l’Académie de Versailles. Ce fonctionnaire de l’éducation proposa même que l’on détermine le service de l’assistante à partir de 36 semaines de cours au lieu de 39 initialement prévues afin d’allonger le temps de travail hebdomadaire.
Un calcul simple montre que le temps ainsi dégagé par semaine en dehors des cours est de 1h30. Voilà un DRH s’occupant du personnel enseignant qui croit qu’en 90 minutes par semaine il est possible de corriger plusieurs paquets de copies et de préparer les cours. Dans un lycée du Val d’Oise, une élève de Première Littéraire est restée sans assistante jusqu’au 7 décembre dernier. La famille proposait quelqu’un en la personne d’une adulte connaissant le braille et s’étant occupée d’élèves handicapés visuels durant les six années précédentes. Cette personne a enfin été nommée par « dérogation exceptionnelle » alors que le premier trimestre était presque achevé. Ayant épuisé les six années auxquelles elle pouvait prétendre, il était « impossible dans l’état actuel des choses » de lui faire, eu égard à ses compétences indiscutables, un vrai contrat de travail. Le responsable chargé de l’intégration des élèves handicapés au rectorat de Versailles – décidément ! – était étonné que l’offre adressée au Pôle Emploi pour le recrutement d’un assistant connaissant le braille mais payé au SMIC soit restée lettre morte. On croit rêver !
La loi de 2005 dite « sur le handicap » est à bien des égards un effet d’annonce. Elle affirme un certain nombre de principes juridiques quant à l’intégration des handicapés dans le monde du travail et à l’école, mais est plaquée sur une réalité dont on n’a pas préalablement fait suffisamment le diagnostic afin de mesurer pleinement les moyens à mettre en œuvre pour réussir ladite intégration. De là à penser que la volonté de faire vraiment celle-ci fait défaut, il n’y a qu’un pas que seul celui qui vit l’indifférence relative de l’intérieur ose franchir car il parle d’autorité sans attendre d’être admis à le faire. Voilà quelques années le recteur de l’académie de Versailles – non ? – avait mis en place une commission destinée à « plancher » sur la question de l’amélioration des conditions de travail des professeurs handicapés. Le professeur autorisé à porter témoignage devant cette instance était prêt à le faire. Il le fit savoir. Il ne fut jamais sollicité.
Il apprit un an plus tard que cette commission s’était réunie une fois puis avait été dissoute. Nulle part dans cette Grande Maison que représente l’Éducation Nationale on ne se sert des expériences réussies par le passé pour renforcer l’accueil futur des professeurs et élèves handicapés. En fait, on ne les prend que comme des expériences à ne surtout pas faire essaimer. Il y faudrait des moyens matériels et un regard différent sur le handicap dans lesquels on se refuse à investir en ces temps de Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP). Les vrais serviteurs de l’action éducative savent bien que les deux premières lettres de ce machin technocratique ne signifient rien d’autre qu’un rabougrissement général.
N’est-ce pas dès l’école que le regard des enfants et adolescents sur le handicap se forme ? Y a-t-il plus grande richesse en ce domaine que la confrontation dans le travail scolaire de professeurs et élèves tous à la fois handicapés et non handicapés ? Bien sûr il est plus facile de renvoyer les premiers dans des établissements spécialisés. On s’appauvrit alors.
Yann Fiévet
In Le Peuple Breton de Janvier 2010
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Handicap mental ou psychique: pas question d’admettre que certains puissent n’avoir aucune compétence
«Arrêtons de coller des étiquettes sur les gens, revendique Marc-André Baud. Il y a vingt ans, on disait de certaines personnes handicapées mentales qu’elles ne pouvaient rien faire. Les voilà qui effectuent aujourd’hui des travaux de grande qualité.» Le directeur général des Etablissements publics pour l’intégration (EPI) – qui s’occupent de personnes souffrant de handicap mental ou psychique mais aussi de difficultés d’insertion (chômeurs, jeunes en rupture) – souhaite profiter de la Journée internationale du handicap, célébrée hier, pour exprimer son profond désir d’en finir avec les ghettos. Cet homme expérimenté de 61 ans a su conserver son côté «éducateur volontariste».
Alors pas question d’admettre que certains puissent n’avoir aucune compétence: «D’ailleurs, selon la définition de l’OMS, si le handicap est compensé et que la personne peut s’intégrer dans la société… on ne parle plus de handicap!»
Statue géante
A la tête d’un véritable empire comprenant 550 collaborateurs, 1200 clients et un budget 2009 dépassant les 80 millions de francs, dont 46 millions de subventions, Marc-André Baud se réjouit de pouvoir démontrer le talent «des siens», dès aujourd’hui à la rotonde du Mont-Blanc: on pourra y découvrir un chevalier haut de 4,50 mètres et habillé avec des objets de récupération par les professionnels et les usagers des ateliers des EPI.
«Nous voulons offrir ce cadeau à la population en signe de reconnaissance, deux ans après nos débuts officiels», explique Marc-André Baud. Car les EPI sont nés, le 1er janvier 2008, du regroupement de plusieurs établissements en charge de personnes en situation de handicap ou en difficulté d’insertion. «La plus grande fusion effectuée dans le domaine social en Suisse», selon les termes du conseiller d’Etat François Longchamp, grand artisan de cette réforme.
«Cela nous a permis de faire des économies, constate le patron des EPI, mais aussi de concrétiser des projets audacieux.» Parmi eux, la construction d’un bâtiment «moderne et lumineux» au cœur de la zone industrielle de la Pallanterie. Regroupés sur 1200 m2, 11 ateliers y accueillent 300 travailleurs dans des emplois ou des apprentissages adaptés. Et l’homme qui veut colorer le monde du handicap entend bien ne pas s’arrêter en si bon chemin.
Une nouvelle entité, destinée à des tâches d’évaluation, de formation et de travail, s’ouvrira sur 3000 m2, route des Jeunes, en avril prochain. «Ce système, allant de l’évaluation à la mise au travail en passant par tous les exercices imaginables, s’inscrit parfaitement dans l’intégration sans barrières à laquelle j’aspire», se réjouit Marc-André Baud.
Secteur d’avenir
Enfin, alors que le nombre de chômeurs ne cesse de croître, le secteur du handicap est aussi porteur d’avenir. Notamment parce que beaucoup de départs à la retraite sont programmés parmi les premiers employés engagés à la fin des années 60; également parce que le handicap psychique connaît une grande croissance et que la longévité des handicapés s’est considérablement accrue: «L’espérance de vie d’une personne trisomique était de 8 ans en 1930; on trouve des retraités de nos jours.»
Le travail ne manque donc pas. «Je pourrais engager plus de personnel. Mais il ne faudra pas toujours compter sur la manne publique, il va falloir être inventif pour trouver d’autres sources de financement. Et puis l’Etat doit former davantage de professionnels en valorisant les métiers du social. On ne peut pas, comme certains le pensent, transformer un coiffeur en éducateur du jour un lendemain!» conclut Marc-André Baud.
LAURENCE BÉZAGUET | 03.12.2009 | pour :
http://www.tdg.ch/geneve/actu/veut-colorer-monde-handicap-2009-12-02
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Handicap et TV : Un JT britannique, exemplaire, est presente par un homme au visage defiguré
Un nouveau pas dans la lutte contre les discriminations dans les médias. La chaîne britannique Channel 5 , qui paye plus d’un million de livres (plus de 1.110.000 euros) la très glamour Natasha Kaplinsky pour présenter son journal télévisé de 12h30, a confié cette semaine le prompteur à un nom inconnu du public : James Partridge.
Âgé de 57 ans, Pratridge est un fermier de la banlieue londonienne dont le visage a été défiguré après un grave accident de voiture à l’âge de 18 ans. «Mon visage est un patchwork plein de cicatrices», se décrit-il. Président de l’association «Changing Faces», qui mène cette semaine une campagne nationale de sensibilisation, voilà 39 ans que Partridge doit faire face à la réaction des passants.
Un coup médiatique de la part de Channel 5 ? La chaîne ne préfère pas s’étendre sur le sujet. «Nous voyons plutôt cela comme une façon de remettre en cause les perceptions des gens, répond l’intéressé. La défiguration est trop souvent assimilée à quelque chose de négatif, à une tragédie, que l’on doit cacher.» «Nous pensons que la télévision peut jouer un grand rôle dans l’évolution des mentalités et peut faire tomber les préjugés», poursuit Winnie Coutinho, chef de campagne de l’association.
La principale interrogation de James Partridge en début de semaine était d’ailleurs de savoir quelle allait être la réaction des téléspectateurs. Selon une enquête de l’institut YouGov publiée la semaine dernière, 84% des Britanniques interrogés ont affirmé qu’ils n’avaient pas de problème à ce qu’une personne défigurée présente un programme télévisé. «Si les gens ne me considèrent pas comme ‘acceptable’ à la télévision, c’est que nous avons encore un long chemin à parcourir en terme d’évolution des mœurs», analyse encore Partridge.
En début d’année, la BBC avait pour sa part pris l’initiative de placer à la coprésentation d’une émission pour enfants Cerrie Burnell, une jeune femme née avec un… lire la suite de l’article sur lefigaro.fr
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