Trois des cinq Pen Duick – les voiliers mythiques d’Éric Tabarly – encore en activité mouillaient depuis samedi à Port Camargue. Un petit événement pour le plus grand port de plaisance d’Europe et pour ses usagers, qui affluent pour voir de près ces bateaux de légende.
La journée d’hier était consacrée aux personnes en situation de handicap, avec l’association Voiles pour tous du Grau-du-Roi. Trois heures d’une sortie en mer qui a marqué les esprits, notamment ceux des cinq jeunes de l’IME La Cigale, basée à Nîmes.
Une évasion qui a permis de sortir, le temps d’une après-midi, du quotidien du handicap et du soin. Embarquement immédiat … « On a l’impression de sortir de la réalité. » Cindy a 12 ans et comme quatre autres pensionnaires de l’Institut médico-éducatif
(IME) La Cigale, elle s’est offert hier trois heures d’évasion sur la baie d’Aigues-Mortes dans un bateau de légende. Trois des cinq Pen Duick (« Petite tête noire » en Breton), les bâteaux d’Éric Tabarly, étaient en fait de sortie hier au départ de Port Camargue. Un petit évènement dans le milieu de la voile, qui a donné à cette sortie en mer des airs de final de Vendée Globe. Dans le sillage des voiliers du marin breton, une petite trentaine d’embarcation suivaient, appareil photo en main, pour profiter de la sortie des Pen Duick III , IV et VI . Les jeunes de La Cigale ont embarqué sur ce dernier, avec lequel Tabarly remporta la Transat anglaise en solitaire de 1976. Un bateau qui a parcouru l’équivalent de douze fois le tour de la Terre… Rien que ça.
Mais Cindy, Tatiana, Scarlett, Anthony et Nathan ne semblaient guère impressionnés par le poids de l’histoire. Le nom d’Éric Tabarly ne leur parlait d’ailleurs pas. Ce qui les intéressait, c’était d’être au large. Simplement. Pour Anthony, 16 ans, c’était une grande première : « Je n’étais jamais sorti en mer avant. La vue me plait, je voudrais en refaire après. » Ce qui devrait être possible grâce au projet monté par Voiles pour tous (lire ci-contre), le comité départemental de Handisport et La Cigale qui permet aux jeunes d’apprendre la navigation sur des bateaux adaptés.
Nathan, lui, n’en est pas à son coup d’essai : « J’ai déjà fait du petit bateau mais pas un aussi grand. Moi la mer, je l’aime. Ici, je suis peinard ! » C’est aussi le sentiment de Cindy, qui profite « de ne pas être enfermé, ça fait du bien d’être dehors. J’ai l’impression de me faire transporter… » Une évasion et un bien-être palpables dans les yeux de tous ces jeunes.
Et donc une opération réussie pour ChristianVan Leynseele, président de l’association Voiles pour tous : « Vingt-cinq membres de l’association, dont dix en situation de handicap, étaient à bord aujourd’hui. C’était une occasion inespérée de pouvoir monter sur de tels bateaux. On a pris un pied extra. La plus grosse difficulté reste d’embarquer les gens en fauteuil, mais ça se fait, c’est une histoire de volonté. » Une volonté qui a permis d’offrir aux usagers de La Cigale une journée qui vaut tous les traitements : « On essaie de les sortir un peu du monde dans lequel ils vivent. La mer, c’est une meilleure thérapie que les médicaments. » Et pour l’occasion, un diplome de navigation remis aux jeunes gens servira d’ordonnance. A renouveler aussi souvent que possible.
Rémy CALLAND
http://www.midilibre.com/articles/2009/09/08/NIMES-De-jeunes-skippers-dans-le-sillage-d-39-Eric-Tabarly-911315.php5
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